L'INCESTE PERE-FILLE

 

Christine Cloarec

 

Généralités

L'inceste et la loi française

L'exemple le plus célèbre : Oedipe

Du côté des anthropologues et des sociologues

Du côté des psychanalystes

La victimologie et l'inceste

La passage à l'acte incestueux

Le syndrome d'accommodation de Summit

 

 


 

 

Généralités

 

En France, Environ 20% des procès d'assises concernent des affaires d'inceste. Tous les âges sont concernés, y compris le nourrisson.

L'inceste peut être considéré comme la violation la plus totale des droits de l'enfant : droit à la parole, droit sur son propre corps, droit au statut d'enfant. En effet, il entrave les trois principes fondamentaux des droits de l'Homme, si chers aux français : Liberté, Égalité, Fraternité.

- Liberté car l'enfant se trouve alors dans une "relation d'emprise".

- Égalité car l'abus sexuel est avant tout un abus de pouvoir.

- Fraternité car l'enfant n'est plus respecté comme tout individu devrait l'être par autrui.

De plus, l'inceste concerne également la structure familiale qu'il met en péril.

 

Le mot " inceste " serait apparu dans les écrits religieux vers 1350. Il vient du latin " incestus ", c'est-à-dire, non chaste, impur, souillé ; son antonyme " castus " a un double sens :

- exempt de faute, d'impureté, de souillure, d'une part,

- instruit, éduqué, bien dressé, conforme aux règles et aux rites d'autre part.

Le Grand Dictionnaire de la Psychologie (Larousse) définit le teme inceste de la façon suivante : " Relations sexuelles entre proches parents ou alliés dont le mariage est prohibé par la loi, par exemple père et fille, mère et fils, frère et soeur, oncle et nièce, tante et neveu".

Les définitions sont nombreuses et ne se réfèrent pas toutes à la même notion : certains décrivent l'inceste par les liens du mariage, d'autres par la parenté (sui ne signifie pas une référence au mariage), d'autres par le lien de sang, etc. Ceci illustre bien que ce concept est difficile à cerner tant il est une représentation que chaque culture se crée. Il est possible que l'inconscient collectif intervient car, consciemment, aucune donnée scientifique prouvée ne permet de comprendre pourquoi l'inceste serait interdit bien que des raisons sociales et psychologiques puissent être mises en évidence mais, malheureusement, sans apporter d'exemples réels vérifiables prouvant que l'inceste mène au chaos.

De Lannoy et Feyereisen précisent : " A la diversité des définitions et de leurs références - amour, rapport sexuel, mariage, lien de sang, interdit - correspond celle que l'on rencontre dans les cultures non occidentales. Plusieurs de celles-ci ne disposent d'ailleurs pas , pour qualifier l'inceste, de terme correspondant au nôtre. Par exemple, en chinois, la parole pour inceste signifie " désordre " ou " confusion dans les relations " ; en indonésien : " répugnant ". Il existe même des sociétés où manque un concept pour désigner les relations sexuelles prohibées entre proches parents : le phénomène de l'inceste y est considéré comme inimaginable et aucun terme ne permet de le qualifier. " (De Lannoy et Feyereisen, " L'inceste ", QSJ, PUF).

 


L'inceste et la loi française

 

Le terme d'inceste n'est mentionné dans aucun des deux codes régissant la justice française. Il est possible de le comprendre par la variabilité des définitions attribuées à ce thème. De plus, la justice s'intéresse aux faits, il n'est alors pas nécessaire d'attribuer un nom spécifique à des faits dont une description suffisante est présente.

 

Le Code Civil

art. 375 et 378

La loi du 4 juin 1970 a transformé la puissance paternelle en autorité parentale qu'elle attribue conjointement au père et à la mère.

La loi de 3 juillet 1989 sur la protection de l'enfance permet à la victime d'un viol par parent ou tuteur, une fois qu'elle aura atteint sa majorité de disposer d'un délai de 10 ans pour intenter une action pénale à l'encontre de ceux-ci. Cette loi a vu le jour grâce à une affaire médiatisée : en 1989, lors d'une émission télévisée, une victime dénonça les agissements de son père. Celui-ci porta plainte pour diffamation contre sa fille et contre le présentateur. L'affaire fut médiatisée et les associations de victimes se mobilisèrent. La victime alors âgée de 28 ans ne pouvait plus porter plainte contre son père puisqu'il y avait prescription des faits. La pression populaire fut telle que le dénouement de cette affaire fit jurisprudence.

Depuis 1970, " si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation sont gravement compromises, des mesures éducatives peuvent être ordonnées par le juge des enfants ". A l'égard de l'auteur des sévices (ou des auteurs), différentes sanctions sont possibles en fonction de la gravité de chaque cas : déchéance partielle ou totale de l'autorité parentale ; tutelle aux allocations familiales ; amende pénale et / ou peines d'emprisonnement, avec ou sans sursis.

 

Le Code Pénal

Aucune loi ne concerne explicitement l'inceste, mais le code pénal considère comme circonstance aggravante le fait que l'auteur d'un attentat à la pudeur ou d'un viol sur un mineur soit un parent ou un tuteur. Non mentionné par la loi, il tombe sous le coup des art. 222 du nouveau Code Pénal relatif à l'attentat à la pudeur à l'égard d'un mineur, avec aggravation de la peine s'il y a violence et lorsqu'il s'agit d'un attentat commis par un ascendant ou quelqu'un ayant autorité sur la mineur. Environ 300 cas par an sont traités par les instances judiciaires.

Selon le Code Pénal :

Art. 222-23. Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. (Le viol est puni de 15 ans de réclusion criminel).

Art. 222-24. Le viol est puni de vingt ans de réclusion criminelle (...) 2° Lorsqu'il est commis sur mineur de 15 ans (...) 4° Lorsqu'il est commis par un ascendant légitime, naturel ou adoptif, ou par toute personne ayant autorité sur la victime. (...).

 


 

L'exemple le plus célèbre : Oedipe.

 

Le mythe d'Oedipe sera l'un des concepts fondateurs de la psychanalyse : Oedipe fut abandonné par ses parents, Laïos et Jocaste, qui craignaient de se voir réaliser la terrible prophétie délivrée par la Pythie. Selon la prédiction, Oedipe, devenu adulte, tuerait son père et épouserait sa mère. Ses géniteurs jugèrent donc préférable de l'abandonner, afin de se protéger. Élevé par les souverains de Corinthe, et dans l'ignorance de son véritable état, Oedipe, jeune homme, étant à son tour informé de la terrible prophétie, fuît ses parents adoptifs qu'il pensait être ses géniteurs. En chemin, une altercation l'opposa à Laïos. Oedipe le tua, sans savoir naturellement qu'il s'agissait de son véritable père. Nullement affecté, il continua sa route. Ses pas le guidèrent vers Thèbes, où Jocaste (sa mère) devenue veuve le prit pour époux après qu'il ait su répondre aux énigmes du sphinx. Oedipe se creva le yeux pour se punir de ses fautes involontaires.

Les actes d'Oedipe (tuer Laöis et épouser Jocaste) étaient " légitimes " tant que le lien de sang lui était inconnu. Pourtant, dès lors qu'il sut qu'il s'agissait de ses parents, bien qu'il n'eut pas été élevé par eux, Oedipe doit se punir de cette faute qui n'en était pas une au moment de l'acte. Ce mythe montre évidemment clairement qu'il s'agit moins d'une relation physique prohibée que d'une relation symbolique insoutenable à la conscience.

 

Du côté des anthropologues et des sociologues.

 

Durant les premières ères préhistorique, l'inceste n'est pas interdit et au contraire, il permet de préserver les biens et les territoires de chaque tribu. À l'ère néolithique, l'interdit de l'inceste permit aux tribus de pratiquer des échanges divers.

Les anthropologues estiment que la prohibition de l'inceste est une institution à caractère universel : il s'agirait donc d'une loi indépendante des structures communautaires et des modes de vie. La raison se trouverait dans la mythologie : seuls les dieux ont le droit de féconder leur ascendance et leur progéniture dans le but de préserver le pureté de la race.

Les règles qui gouvernent la prohibition de l'inceste sont très variables et complexes selon les sociétés. Par exemple, une tribu de Sibérie du Nord interdit les mariages incestueux mais accepte que les jeunes filles perdent leur virginité avec leur père ou leur frère avant le mariage. Chez les indiens Kuki, seul l'inceste mère / fils est prohibé au contraire des Kalang de java chez qui le mariage mère / fils porte bonheur et apportent fertilité et abondance. En Afrique centrale, un soldat peut avoir des relations sexuelles avec sa sœur à la veille d'un combat pour le rendre invulnérable. (exemples tirés de " L'enfant victime d'inceste ").

En anthropologie, il existe deux types de théories concernant le tabou de l'inceste :

¨ les théories finalistes (Maine, Westermark, Freud, Malinowsky et Lévy-Strauss pour ne citer qu'eux) qui prônent une origine sociale du tabou pour la préservation des structures sociales et familiales

¨ Les théories déterministes (Westermark, Freud, Bischoff entre autres) où la prohibition serait un phénomène " naturelle " qui pourrait s'illustrer par l'éthologie.

Les sociologues ont établi que la prohibition de l'inceste était d'origine sociale, et tendait à conserver la structure de l'organisation familiale. Lévy-Strauss établit, lui, que la prohibition de l'inceste n'est pas une pure interdiction : " elle équivaut à dire que, dans la société humaine, un homme ne peut obtenir une femme que d'un autre homme, qui la cède sous forme de fille ou de sœur " (Anthropologie structurale, 1958). Bref, elle règle l'ensemble des échanges des femmes et des filles au sein du groupe selon des principes très stricts qui constituent un système quasi algébrique de relation. La structure du groupe, explique les sociologues, revêt un caractère sacré. Il n'est pas rare qu'elle soit telle que le mariage entre cousins germains issus d'un frère et d'un sœur soit autorisé, et le mariage entre deux cousins issus de deux frères ou de deux soeurs interdit, bien que biologiquement la parenté soit identique. Il est peu de phénomènes qui montrent aussi bien que ces règles concernent l'inceste à quel point le règne de la culture humaine est original et irréductible à celui de la nature biologique.

 


 

Du côté des psychanalystes.

 

Pour tenter d'expliquer l'origine de l'inceste, Freud s'est notamment référé à une hypothèse de Darwin à propos de " l'état social primitif de la société ". En partant de l'observation de singes supérieurs, Darwin émet l'hypothèse que l'homme aurait également vécu en petites hordes. Le gorille possédaient plusieurs femmes qui n'appartenaient qu'à lui. Lorsqu'un jeune mâle grandit, il entre donc en compétition avec les autres pour dominer à son tour : le chef de la société étant celui qui a tué et chassé tous ses concurrents. Les jeunes mâles, ayant été chassé, errent alors et, lorsqu'ils trouvent une femme, se dont fort d'empêcher à leur tour les unions consanguines. Chaque fils chassé pouvant alors fonder une horde analogue, le loi d'exogamie, progressivement, a fini par s'instaurer à l'état de loi consciente.

Sigmund Freud a repris le mythe de la horde primitive pour " rendre compte de la persistance de certaines réalités psychiques ". À l'origine existait une horde où un primate représentant le chef mâle s'appropriait toutes les femmes du totem, en avait donc le monopole. Ses fils, envieux, menèrent une révolte contre ce père tout-puissant. Bien que leurs sentiments demeuraient ambivalents vis-à-vis de lui, ils décidèrent de le tuer. Ils se partagèrent alors le corps et le mangèrent. " S'il est vrai que les frères s'étaient ligués pour triompher du père, auprès des femmes ils étaient rivaux l'un de l'autre. Chacun aurait voulu les avoir toutes pour lui, à l'instar du père, et la nouvelle organisation aurait péri dans la lutte généralisée. " (Freud ). Pris entre le sentiment de culpabilité lié au meurtre du père et le désir de lui succéder, les fils décidèrent d'abandonner le système de la horde primitive par celui de l'" échange ". Ils prohibèrent ainsi l'inceste en s'interdisant de s'unir à une femme du même totem : il s'agissait alors d'une loi d'exogamie.

Afin de parfaire cette description, citons un extrait de Freud: " Nous savons que les membres du clan se sanctifient par l'absorption du totem et renforcent ainsi l'identité avec lui (...). La psychanalyse nous a révélé que l'animal totémique servait en réalité de substitut au père, et ceci nous explique la contradiction (...) : d'une part, la défense de tuer l'animal ; d'autre part, la fête qui suit sa mort, fête précédée d'une explosion de tristesse. L'attitude affective ambivalente qui, aujourd'hui encore, caractérise le complexe paternel chez nos enfants et se prolonge quelquefois jusque dans la vie adulte s'étendrait également à l'animal totémique qui sert de substitut au père. En confrontant la conception du totem, suggérée par la psychanalyse, avec le fait du repas totémique et avec l'hypothèse darwinienne concernant l'état primitif de la société humaine, on peut acquérir une compréhension plus profonde et on entrevoit la perspective d'une hypothèse qui peut paraître fantaisiste, mais présente l'avantage de réaliser entre des séries de phénomènes isolées et séparées, une unité jusqu'alors insoupçonnable. Il va sans dire que la théorie darwinienne n'accorde pas la moindre place aux débuts du totémisme. Un père violent, jaloux, gardant pour lui, toutes les femelles et chassant ses fils à mesure qu'ils grandissent : voilà tout ce qu'elle suppose. Cet état primitif de la société n'a été observé nul part (...). En nous basant que la fête totémique, nous pouvons donner à cette question la réponses suivante : un jour, les frères chassés se sont réunis, ils sont devenus entreprenants et ont pu réalise ce que chacun d'eux, pris individuellement aurait été incapable de faire. Il est possible qu'un nouveau progrès de la civilisation, l'invention d'une nouvelle arme leur aurait procuré le sentiment de leur supériorité. Qu'ils aient mangé le cadavre de leur père - il n'y a à cela rien d'étonnant, étant donné qu'il s'agit de primitifs cannibales. L'aïeul violent était certainement le modèle envié et redouté de chacun des membres de cette association fraternelle. Or, par l'acte d'absorption ils réalisaient leur identification avec lui, s'appropriaient chacun une partie de sa force. Le repas totémique, qui est peut-être la première fête de l'humanité, serait la reproduction et comme la fête commémorative de cet acte mémorable et criminel qui a servi de point de départ à tant de choses : organisations sociales, restrictions morales, religions. "

Atkinson , ayant vécu avec les indigènes de Nouvelle-Calédonie, a constaté que les conditions de vie de la horde primitive telles que les décrivait Darwin, s'observaient régulièrement dans les troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages et aboutissent toujours au meurtre du père. De plus, le meurtre du père était toujours suivi d'une désagrégation de la horde : " Les fils succèdent par la violence au tyran paternel solitaire et tournent aussitôt leur violence les uns contre les autres, pour s'épuiser dans des luttes fratricides " (Atkinson ).

" Les prohibitions tabou les plus anciennes et les plus importantes sont représentées par les deux lois fondamentales du totémisme : on ne doit pas tuer l'animal totem et on doit éviter les rapports sexuels avec les individus du sexe opposé appartenant au même totem " (Sigmund Freud, Totem et Tabou ).

Freud écrit : " Le respect de cette barrière est avant tout une exigence culturelle de la société, qui doit se défendre contre l'absorption par la famille d'intérêts dont elle a besoin pour établir des unités sociales plus élevées et qui, de ce fait, tente par tous les moyens de relâcher chez chaque individu, et spécialement chez l'adolescent, le lien qui l'unit à sa famille et qui, pendant l'enfance, est le seul qui soit déterminant. " L'interdit de l'inceste serait donc, pour le père de la psychanalyse, éminemment culturel rejoignant les théories anthropologiques.

Le mythe d'Oedipe comme nous avons déjà pu le décrire lors d'une précédente partie inspira Freud et la psychanalyse : il en découvrit le " complexe d'Oedipe ". Dans Totem et tabou, Freud envisage l'interdit de l'inceste comme la loi universelle réglant les échanges matrimoniaux et comme père fondateur du Complexe d'Oedipe.

Les première théories psychanalytiques associent le tabou de l'inceste et celui du meurtre et du cannibalisme : l'inceste réalisé serait la résultat de la non élaboration des fantasmes oedipiens qui structurent la personnalité de chaque individu. Le mythe de la horde primitive et le mythe d'Oedipe seraient la base d'explication de cette prohibition qui empêcherait de tuer son père et d'épouser sa mère. L'intériorisation de cet interdit fondateur serait à l'origine de la culture et de l'humanité.

De plus, Freud présente l'opinion d'Havelock Ellis à laquelle il adhère : l'habitude de vivre ensemble depuis l'enfance réduit les excitations sexuelles entre les personnes, émoussant leurs désirs érotiques réciproques. Frazer , cité également par Freud adopte une position opposée à celle de Westermark : tout d'abord, l'instinct pousserait à l'inceste ; ensuite, l'homme se rendrait compte que cet instinct est nuisible au point de vue social ; alors l'inceste serait réprimé par la loi. Freud ajoute que , selon l'expérience de la psychanalyse, " les premiers désirs sexuels de l'homme adolescent sont toujours de nature incestueuse ".

 

Lévy Strauss, lui, s'opposent à la théorie freudienne. Selon cet auteur, l'interdit de l'inceste se fonde bien sur des lois naturelles universelles, mais s'exprime dans la culture selon une structure semblable à celle du langage. L'inceste réalisé serait donc la conséquence d'un non-dit, d'une non-transmission de l'interdit. Lacan précise d'ailleurs que l'enfant ne peut accéder au symbolique que par le concours de la Loi édictée par le père, celle qui signifie l'interdit de l'inceste.

 

De Lannoy et Feyereisen (" L'inceste", De Lannoy et Feyereisen, QSJ, PUF) ont énoncé neuf points de critique à propos de l'interprétation freudienne de la prohibition de l'inceste.

1) Freud suppose un état social dans lequel la prohibition peut se manifester alors que c'est précisément celle-là même qui caractériserait l'émergence d'un état social.

2) Le mythe de la horde primitive ne correspond ni à une réalité observable, ni à un fait historique, ni même à la représentation que l'anthropologie se fait de nos jours de la vie sociale de nos ancêtres les plus reculés. Plus discutable encore s'avère le principe même du passage d'une description des moeurs d'une espèce de primates vivant aujourd'hui à celle de nos ancêtres.

3) Les interprétations d'Atkinson sur les troupeaux de bœufs et de chevaux sauvages n'ont qu'un intérêt historique et n'ont guère reçu de confirmation en éthologie.

4) On a reproché à Freud d'assimiler abusivement les " primitifs ", les enfants et les malades mentaux. Leurs fonctionnements mentaux respectifs ne peuvent être réduits les uns aux autres . (Lévy-Strauss )

5) Quand Freud traite des " primitifs ", il se réfère en fait, à l'instar de Durkheim , aux Aborigènes d'Australie. Les anthropologues critiquent l'assimilation de toutes les sociétés archaïques à celles des Aborigènes. D'ailleurs certaines sociétés archaïques ne sont pas totémiques.

6) Les sociétés Aborigènes sont unilinéaires : la descendance se transmet en ligne direct soit par le père, soit par la mère. Il est d'autres sociétés où la descendance se transmet à la fois par le père et la mère. Les effets de la prohibition de l'inceste peuvent être différents puisque les personnes caractérisées comme parentes et avec qui les relations sexuelles sont interdites ne sont pas les mêmes dans les deux cas. De plus, même dans les sociétés unilinéaires, les restrictions sexuelles varient de société en société.

7) " Totem et Tabou " considère l'inceste entre le fils et le mère, entre le frère et la sœur, entre le père et ses filles. L'analyse est faite au point de vue de l'homme. Les féministes reprocheront à Freud sa perspective " machiste " - sans doute contingente à l'image de la femme dans la société viennoise d'avant la Première Guerre Mondiale. Sur les rôles et les initiatives possibles de la mère, de la fille et de la sœur dans les rapports incestueux, rien n'est dit explicitement. Enfin, des formes d'inceste, impliquant des degrés de parenté éloignés (entre oncle et nièce, par exemple), ne sont pas prises en compte, pas plus que les incestes homosexuels.

8) Si les rapports incestueux sont évités par instinct ou habitude entre personnes familières entre elles depuis l'enfance et généralement de même sang, pourquoi, une loi serait-elle nécessaire pour interdire ceux-ci ? Pour Freud, il est difficile de trouver une loi d'interdiction aussi universelle que celle de la prohibition de l'inceste qui n'aille à l'encontre d'un instinct (même si Freud est conscient que, dans certaines cultures, les mariages inscestueux étaient de règle pour certains privilégiés comme les rois). Néanmoins, quand Frazer , repris par Freud, nous dit qu'il n'y a pas de loi ordonnant à l'homme de manger et de boire, on pourrait répondre qu'il est des lois qui, par exemple, obligent à veiller sur la maternité et à prendre soin des enfants.

9) Les formulations postfreudiennes de la psychanalyse ne vont pas reprendre la perspective anthropologique sous-jacente à la conception de Freud. Ce dernier aurait même confié à un de ses disciples, Kardiner , un peu par ironie, que celle-ci n'était pas " à prendre trop au sérieux " et qu'elle lui serait venue à l'esprit " un dimanche pluvieux ".

 

Tobie Nathan, dans "Les enfants victimes d'abus sexuel" (M. Gabel), ne cache pas son opinion à propos de la théorie freudienne : "C'est de la négligence de cette distinction que découle en grande partie la non-pertinence anthropologique de Totem et Tabou de Freud (1912).

 


 

La victimologie et l'inceste.

 

Haesevoets apporte des éléments intéressant dans une approche victimologique.

" L'immaturité psychoaffective constitutionnelle de l'enfant est le terrain propre aux excitations sexuelles de l'adulte puis en profite. Mis à la place d'objet et non de sujet, l'enfant est entretenu et confiné dans la position de celui qui ne parle pas (" infans "), de celui qui est interdit de la parole, ou qui ne dit mot consent et qui ne demande pas mieux. De part sa position, il est rendu vulnérable et disponible à la mise en place du processus abusif auquel il ajuste ses propres stratégies de survie.

En fonction de son degré de développement psychoaffectif et constitutif, de sa maturité et de son niveau d'appréciation, l'enfant est plus ou moins susceptible d'accepter de manière passive les désirs sexuels d'un adulte ; avec d'autant plus d'implication que ses carences, son manque d'expérience et son ignorance l'empêchent d'assimiler le caractère interdit ou pathogène de la relation abusive.

(...) L'enfant peut être séducteur, aguicheur, mais la séduction n'implique pas toujours la sexualité. C'est l'adulte qui interprète un mouvement de séduction comme une invitation à l'activité sexuelle. C'est souvent l'adulte qui induit le comportement séducteur qui préexiste spontanément chez l'enfant. Celui-ci possède peu l'idée que certain gestes peuvent avoir une connotation sexuelle pour l'adulte.

L'enfant aime l'interaction physique avec l'adulte, parce qu'il y recherche plutôt un contact chaleureux et affectueux. Il ne parvient pas à discerner la différence entre un comportement physique, un mouvement affectif et une conduite plus ou moins sexualisée.

Plusieurs facteurs peuvent conduire l'enfant à participer à l'interaction sexuelle avec un adulte :

- son manque de maturité,

- son manque d'expérience,

- sa curiosité sexuelle infantile,

- sa faiblesse constitutive,

- ses demandes affectives,

- son manque de lucidité, sa naïveté, sa candeur,

- sa position privilégiée par rapport à l'adulte,

- son désir de contacts physiques,

- sa confiance,

- son attirance naturelle vers un adulte protecteur et chaleureux. "

 


 

Le passage à l'acte incestueux.

 

Point de vue psychanalytique

Serge Lebovici (dans "les enfants victimes d'abus sexuel" sous la direction de Gabel) déclare : "on pense trop facilement qu'une théorie de la séduction est nécessaire pour expliquer les agressions sexuelles dont sont victimes les enfants et les adultes. Une telle exigence conduit à des discussions à l'évidence stériles, surtout lorsqu'il s'agit de pratiques incestueuses (...). Les pratiques incestueuses relèvent donc de la violence plus que de la séduction".

A défaut d'être nécessaires, les théories psychanalytiques de la sexualité infantile et de la séduction sont utiles à la compréhension du phénomène incestueux.

Freud estime qu'un traumatisme sexuel précoce serait un facteur pathogène dans la structuration de la personnalité, mais il renoncera à la théorie de la séduction traumatique sans doute en raison du puritanisme de l'époque. Pourtant, en élaborant sa théorie des pulsions, Freud montre que les besoins sexuels de l'enfant s'oriente naturellement vers le parent de sexe opposé.

Dans " Névrose, psychose et perversion " , il fait état d'un fantasme de fustigation que connaitrait tout enfant et qui, selon Freud, " dérive de la liaison incestueuse ". Ce fantasme se déroule en trois phases. Dans la deuxième phase, la petite fille révèle ses désirs incestueux envers son père par la pensée d'" être battu par le père ". Le père a alors le devoir de refuser ce désir afin qu'il puisse se diriger vers une autre personne. Le pervers, ainsi que la plupart des père incesteux, s'oriente vers ce désir passif de la fille. Celle-ci opte alors pour la position de " laisser faire " qui lui permet de décharger la culpabilité inhérente à cette relation sur son père. Il pourrait alors s'agir d'un sadomasochisme latent. Le traumatisme de l'inceste serait du à la confrontation du fantasme avec la réalité.

Freud, dans sa théorie de la séduction a ébauché le rôle fondamental du père mais il a ensuite préféré se diriger sur la mère séductrice. Marie Balmary pense que Freud a refoulé cette découverte car il ne pouvait accepter la " théorie de la faute du père".

 

Ferenczi reprend l'idée du traumatisme sexuel précoce après freud, mais son approche ne fut pas acceptée par ce dernier, ce qui les amena à la rupture. Ferenczi déclare qu'il est impossible de nier l'existence réelle des abus incestueux, comme avait pu le faire Freud auparavant avant de se rétracter.

Ferenczi postule que l'acte incestueux se déroule sur un canevas particulier relatif à la confusion de langue entre l'adulte et l'enfant : "un adulte et un enfant s'aiment; l'enfant a des fantasmes ludiques, comme de jouer un rôle maternel à l'égard de l'adulte. Ce jeu peut prendre une forme érotique, mais il reste pourtant toujours au nivau de la tendresse. Il n'en est pas de de même pour l'adulte, ayant des prédispositions psychopathologiques, surtout si leur équilibre ou leur contrôle de soi ont été perturbé par quelque malheur, par l'usage de stupéfiants ou de substances toxiques. Ils confondent les jeux des enfants avec les désirs d'une personne ayant atteint la maturité sexuelle et se laissent entraîner à des abus sexuels dans penser aux conséquences" (p130). L'enfant est incapable de saisir le sens des proposition du parent car il y a alors trop ou pas de sens à cette érotisation de l'acte parental.

Par ailleurs, il s'agit du rapport entre deux individus n'ayant pas un statut égalitaire. L'enfant, se sachant inférieur à l'adulte, ne peut se défendre. Par la peur, ils seront finalement contraint à une soumission automatique vis à vis de l'agresseur et par la suite vont s'identifier à ce dernier. Ferenczi reprend alors la notion d'identification pour la remplacer par l'introjection de l'agression. Celui-ci devenu objet interne va être régi par le processus primaire, donc le principe de plaisir, ainsi, le psychisme de l'enfant va pouvoir le transformer, le remodeler, et il va parvenir alors à revenir à un "état antérieur de tendresse".

Ferenczi émet donc l'hypothèse que l'enfant, dont la personnalité est trop peu développée, ne réagit pas au "brusque déplaisir par la défense comme ce serait le cas pour un adulte, mais par l'identification anxieuse et l'introjection de l'agresseur . L'auteur fait d'ailleurs une nouvelle fois référence à Freud qui explicitait qu'un stade d'identification était toujours le précurseur à la capcité d'éprouver un amour objectal. Ferenczi qualifie ce stade d'identification de stade la tendresse ou stade le l'amour objectal passif, pendant lequel les enfants imaginent prendre la place du parent de même sexe, mais en restant dans le domaine du jeu sans vouloir véritablement concrétiser cette pensée, ne pouvant se priver de cette tendresse essentielle que délivre ce parent.

En ce qui concerne l'adulte, la culpabilité serait responsable de la transformation de l'objet d'amour en un objet ambivalent, d'une part objet de haine et d'autre part objet d'affection. Mais la haine ne peut être comprise par l'enfant qui, surpris, l'effraie et le traumatise.

 

Il désire pousser plus loin le raisonnement de ferenczi et introduit la notion de "signifiants énigmatiques" et de "séduction originaire" qu'il explicite de la façon suivante : "(...) cette situation fondamentale où l'adulte propose à l'enfant des signifiants non verbaux aussi bien que verbaux, voire comportementaux, imprégnés de significations inconscientes".

Laplanche a repris la théorie de la séduction : la séduction maternelle serait originaire et éveillerait l'enfant à la sexualité mais n'engendrerait aucun traumatisme, à l'inverse de la séduction paternelle qui, elle, est symbole de violence.

De plus, Laplanche propose une perspective intéressante, celle de la théorie de séduction généralisée qui permet de concilier le complexe d'Oedipe et la théorie de la séduction freudienne. Il suggère l'analyse de l'acte incestueux avec les outils de la métapsychologie. Pour ne pas être parvenu à cette idée, l'erreur de Freud aurait été de concevoir le passage à l'acte comme la réalisation du complexe d'Oedipe. Or l'Oedipe n'est pas l'inceste, même si il arrive que ce soit là la composante majeure.

 

Point de vue criminologique.

Dans une approche criminologique, le passage à l'acte incestueux peut être étudiés par ses différentes composantes :

- sa nature comportementale

- sa nature communicationnelle

- sa nature sociale

- sa nature psychopathologique

- sa nature dynamique

Le plus souvent, ces descriptions aux multiples facettes sont trop " lourdes " d'informations et sont donc ramenées à certains aspects dynamiques et cliniques dans une perspective essentiellement phénoménologique.

 

En premier lieu, il est important de noter la distinction à faire entre les termes "agressivité " et " violence ". En effet :

¨ L'agressivité peut être de forme sadique ou masochiste. " Il s'agit toujours d'un mélange de plaisir, d'érotisation, donc de libido avec une volonté d'attaquer l'objet ou soi-même " (Bergeret ).

¨ La violence au sens propre se réduit à un dynamisme de défense sans intervention de la libido. Il s'agit alors pour le sujet de se défendre contre l'autre, de préserver sa vie et son droit à la vie. La vioence " authentique " qui a été repérée par Freud à maintes reprises, consiste en un instinct originaire universel et commun à l'homme et à l'animal.

 

Le passage à l'acte est l'expression d'un dysfonctionnement de l'appareil psychique, il est le témoin d'une rupture entre le registre de la parole et celui de l'action. " Associé à cette rupture et à son expression sous forme de passage à l'acte, il existe un défaut de mentalisation. (...) D'une part, la primauté de l'action motrice semble canalise toutes les énergies et paraît empêcher la mentalisation (...), et d'autre part, le " défaut structurel " de la capacité de mentalisation peut aussi peut favoriser la prédominance des passages à l'actes en tant que fonctionnement privilégié. " (Millaud )

Une recherche de Van Gijseghem tend à montrer que la pathologie n'est pas l'élément le plus important à considérer bien qu'elle constitue un risque supplémentaire du passage à l'acte. HAESEVOETS , pour sa part, a écrit : " Il n'existe pas de familles incestueuses sans psychopathologie sous-jacente. L'inceste n'est pourtant pas pathologique en soi. Cependant, c'est l'usage qui en est fait au sein de la famille, à travers ses modes d'expression, d'échange, son niveau d'intégration et de compréhension des interdits, et la qualité des messages transmis à ses enfants, qui prédispose le système familial aux troubles et influence son degré de pathologie. Le niveau de psychopathologie se mesure également à l'état psychique de l'enfant victime et au processus de traumatisation sexuelle. ".

Gilles FORMET différencie l'inceste en fonction de la pathologie de l'abuseur : " Chez le névrosé, la fonction de l'inceste est de combler le manque, cela s'adresse à l'autre, il y a monstration et l'inceste est alors un acting-out. Chez le psychotique, l'inceste a comme fonction de faire advenir le manque, c'est un passage à l'acte. Enfin, chez le pervers, il y a déni de la castration, c'est la réponse que le sujet se donne à lui-même, l'inceste est alors un symptôme ".

Van Gijseghem adopte la position suivante pour étudier le passage à l'acte incestueux : " Peu importe l'organisation de personnalité, pathologique ou non, la propension au passage à l'acte sexuel intergénérationnel relèverait de l'absence d'un organisateur psychique précis " . L'organisateur en question est ici la barrière contre l'inceste c'est-à-dire l'intériorisation de l'interdit.

Un enfant cherche toujours à accéder à la sexualité de son parent, et une barrière viendra s'interposer entre son désir et la réalisation de celui-ci, permettant ainsi d'inhiber ce fantasme sexuel. En effet, le parent en question saisit le désir de son enfant et il va instaurer cette barrière à son propre enfant comme il l'a lui-même expérimenté en étant enfant. Le parent va donc ignorer la sexualité de l'enfant et ainsi va pouvoir se maintenir en dehors. L'enfant refoulera alors à son tour ce désir incestueux. Grâce à ce refoulement, une fois adolescent, il pourra chercher à investir des objets extra-familiaux.

 

L'anamnèse du père incestueux met en général en relief les éléments suivants :

- Des relations sexuelles entre pairs recouvre en général la période dite de "latence" et cette dernière ne peut alors plus porter ce nom.

- L'objet sexuel a peu d'importance car l'acte peut être tantôt homosexuel, tantôt hétérosexuel, et ce jusqu'à l'adolescence.

- Même dans une relation durable, la sexualité est indépendante des autres dimensions de la relation.

- Le sujet privilégie l'activité masturbatoire.

 

Arrivé à l'âge adulte, différents éléments peuvent être relevés :

- Un grand nombre de chercheurs notamment Frud Neil , pensent qu'un père incestueux n'est pas satisfait dans d'autres formes sexuelles que l'inceste ; leur épouse est souvent frigide, frustrante, autoritaire, ou absente, parfois malade, infantile, immature ou handicapée.

- Certains pères sont hypersexués et peu inhibés, ou le deviennent au-fur-et-à-mesure des pratiques incestueuses. Ils ont besoin d'un grand nombre de rapports dans la même journée, alors que leur épouse n'en tolère qu'un peu ou pas du tout. Ils redécouvrent parfois la masturbation pendant une période, avant de passer à des relations incestueuses avec leur fille, à travers des approches exhibitionnistes et masturbatoires, selon les circonstances.

- Ils ont rarement recours à la prostitution, ils n'ont pas d'aventure extra-conjugale et vivent d'une manière isolée, sans activité extérieures.

- Une grande proportion de pères incestueux sont frustrés sur le plan sexuel et envisagent leur fille comme une partenaire sexuelle potentielle, voire attractive, en tant qu'objet de leurs fantasmes et désirs les plus incestueux, et les plus secrets.

 

Van Gijseghem pense que le père incestueux n'a pas nécessairement connu d'expériences similaires dans son enfance (à savoir, l'inceste réalisé), mais qu'il y a toujours un antécédent plus ou marqué et plus largement, une abolition de la distance intergénérationnelle.

Par ailleurs, les pères semblent tous être passé dans leur enfance par une absence d'affection et l'autre n'a donc pas pu être investi comme objet. L'enfant sera alors investi comme objet de satisfaction (y compris sexuelle) et le père ne perçoit pas la nécessité de préserver le statut de l'enfant.

Suite à son expérience précoce de la sexualité, le père, lorsqu'il perçoit les premiers signes de maturation sexuelle chez sa fille, la considère alors capable d'accéder au monde adulte. Ceci, bien sûr, permettrait de mettre à jour le passage à l'acte du père vers l'enfant qu'il ne considère pas comme tel mais, en aucun, cas, ne permet de comprendre la transgression d'un tabou ancré profondément à la culture humaine.

Le déplacement de partenariat sexuel représente le point d'ancrage du système abusif, au sein duquel les frontières générationnelles sont floues, non respectées ou inexistantes, l'intimité sexuelle peu consistante et les inégalités entretenues. Des carences répétées à différents niveaux et des troubles de l'organisation hiérarchiques viennent compléter ce tableau.

 


 

Le syndrome d'accommodation.

 

En 1983, Summit, par son ouvrage " The child abuse accomodation syndrome, Child abuse and Neglect, 1983, 7) décrit le syndrome d'accommodation caractéristique de l'enfant abusé. Ce syndrome est envisagé chronologiquement dans une approche phénoménologique. Il est possible d'envisager un parallèle entre le syndrome d'accommodation de l'enfant victime d'abus sexuel décrit par Summit (1983, 1986) et les actions de l'abuseur :

Le Syndrome d'accommodation :

1 °) La phase du " laisser-faire confiant " : L'enfant peut y trouver un aspect ludique, en tout cas non déplaisant. Il s'agit d'une période d'insouciance, de découverte, sans arrière-pensées. Pour l'enfant, faire quelque chose de spécial, de nouveau avec un adulte, est un stimulant affectif qui l'empêche de prendre du recul.

Ferenczi précise qu'il y a là une " confusion de langue " entre l'expression de la " tendresse naïve " de l'enfant et celle de la jouissance sexuelle de l'adulte.

2°)La phase de perplexité : L'enfant a un sentiment vague que " quelque chose n'est pas normal ", ce qui est confirmé par l'insistance du parent. Il ne s'agit plus d'un jeu car ces faits lui procurent des sensations " bizarres " qu'il ne maîtrise pas, qu'il ne comprend pas. L'enfant souhaiterait arrêter cette relation mais il ne peut, ne veut déplaire au parent abuseur.

3°) La phase du secret : L'enfant comprend le danger et obéit à la " loi du silence "

4°) La phase d'impuissance : L'enfant est totalement dominé mais il peut vaciller entre deux positions extrêmes : le rejet de l'adulte qu'il considère comme un agresseur, et l'affection envers ce parent qui s'occupe de lui et peut s'avérer " normalement " affectueux par ailleurs.

5°) La phase de coping : L'enfant se résout à la servitude.

6°) La phase de révélation : Le dévoilement est toujours effectué avec un important retard et une anxiété majeure.

7°) La phase de rétraction : La victime devenue accusée par son entourage, craint de perdre l'affection de son entourage et préfère revenir sur ses aveux.

 

 

Ce texte est constitué d'extraits d'un mémoire de maîtrise en cours de réalisation. Pour toute remarque, demande d'information, n'hésitez pas à m'écrire.

Christine Cloarec