LA PROBLEMATIQUE SUICIDAIRE

 

ASPECTS THEORIQUES ET CLINIQUES

 

 

Sommaire

Quelques définitions
Les différentes approches
La sociologie
Les théories cognitivistes
La biologie
La psychanalyse
Le suicide à l'adolescence

 

Quelques définitions

Se suicider (du latin sui : de soi; et de cide (coedere) : action de tuer) désigne « l’action de se donner volontairement la mort »[1].

Le terme « suicidaire » qualifie une personne qui exprime par son comportement ou par ses paroles ses velléités suicidaires, tandis que « suicidant » concerne un sujet qui est passé à l'acte et a survécu et le « suicidé », une personne décédée suite à un passage à l'acte.

Aujourd’hui, la prise en charge de cette population élargit ses indications aux « conduites à risque » ou "parasuicides", se définissant comme des actes auto-infligés qui pourraient avoir des conséquences néfastes mais sans projet suicidaire ni motivation suicidaire.

 

Historique

Suicide, « se tuer soi ». Il s’agit d’un sujet qui a préoccupé les philosophes depuis quelques siècles. Le suicide rencontre la morale et c’est en cela qu’il est devenu un tabou dans certaines sociétés ou cultures. Qualifié tantôt de courageux, tantôt de lâche, il ne laisse jamais indifférent. Il interpelle la société concernée.

Chez les philosophes, les points de vue ont souvent été très partagés. Pour Socrate, « le suicide, c’est entrer dans le monde des présences idéales, dont la réalité terrestre n’est que l’ombre »[2]. Un siècle plus tard, Aristote estimait « le suicide, une faute contre l’Etat ».

Dans l’Antiquité romaine, les Stoïciens légitimaient le suicide pour qui « n’avait plus aucune raison de vivre ». Ainsi Attale II a pu écrire : « La vie est une chose qui n’a ni importance ni dignité, les esclaves et les animaux la possèdent comme toi. Non seulement un homme sage et courageux, ou misérable, pense et souhaite mourir, mais aussi un homme raffiné ». De même Sénèque l’honorait : « Insensé, pourquoi t’affliger, et que crains-tu ? Où que tu regardes, il y a une fin à nos maux. Vois-tu cet arbre, il mène à la liberté. Demandes-tu le chemin de la liberté. Tu le trouves en chaque graine de ton corps. Penser à la mort, c’est penser à la liberté. Il te plaît de vivre. Il te déplaît, retourne d’où tu viens. »

Dans la Rome Antique, les punitions sociales dépendaient tout de même de la « motivation » au suicide : ainsi, le suicide du militaire était intolérable contrairement à celui du condamné par exemple.

C’est à partir de Saint Augustin que le suicide est assimilé à un crime : « Personne n’a le droit de se donner la mort, ni pour éviter la misère du présent, ni à cause des péchés d’autrui, ni enfin par le désir ». Au 13e siècle, l’église catholique condamne les suicidés ne leur autorisant plus les mêmes honneurs funéraires que les « bons chrétiens ». Entre le 13e et le 16e siècle, le traitement des suicidés et suicidants montre l’inconcevabilité d’un tel « choix ». Ainsi les biens sont confisqués, les corps des suicidants traînés sur une claie, face contre terre, puis pendus par les pieds ou le cou. Il se fait même une sorte de procès puisqu’un « curateur » est désigné pour défendre le cadavre en tentant de prouver une mort accidentelle ou tout au moins excusable en raison d’une folie ou d’une maladie.

Une évolution s’amorce au 18e siècle puisque le procès n’est plus systématique. Les suicidants ayant prémédité leur mort et sans motif et les suicidants repentant sont différenciés.

En 1770, les procès disparaissent et, en 1790, le suicide est reconnu comme « un acte personnel n’entraînant pas de sanction familiale »[3].

Napoléon Bonaparte pense que « tout suicidé est un soldat déserteur ». En effet, si le Code pénal français Napoléonien ne fait aucune mention au suicide, le Code Militaire stipule que la « mutilation volontaire » est répréhensible. A la même époque, Madame de Staël pense qu’ « il ne faut pas haïr ceux qui sont assez malheureux pour détester la vie. Il ne faut pas louer ceux qui succombent sous un grand poids, car, s’ils pouvaient marcher, en le portant, leur force morale serait plus grande ».

Enfin, au début du 20e siècle, nous pouvons citer brièvement Kafka : « celui qui se suicide est le prisonnier qui, voyant que l’on dresse un gibet dans la cour, croit que c’est à lui qu’on la destine, s’évade la nuit de la cellule, descend dans la cour et se pend lui-même ».

De nos jours, nous pouvons observer une certaine « neutralité » par rapport au suicide. N’étant pas présenté comme acte de courage ou de lâcheté, des phénomènes autrefois répandus n’ont pratiquement plus lieu, comme les épidémies de suicide à l’annonce d’un décès par exemple.

 

Les différentes approches

 

Le suicide est un thème très large à étudier. Il nécessite des axes de compréhension très variables selon la tranche d’âge concernée, l’existence d’une psychopathologie sous-jacente ou non, l’époque de vie du sujet, etc.

D’une manière générale, le phénomène suicidaire est appréhendé sous trois approches différentes : sociologique, biologique, enfin psychologique.

La sociologie

Selon Émile Durkheim, le suicide « résulte directement ou indirectement d'un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qui savait devoir produire ce résultat ». [4]

Des facteurs sociaux ont en effet pu être mis en avant dans la compréhension de la fluctuation du taux de suicide selon des périodes définis ou des groupes d’appartenance. Ainsi, la Grande Dépression en Allemagne après la première guerre mondiale entraîna un grand nombre de suicides chez les jeunes. Mais encore, les bonzes s’immolèrent sur la place publique pendant la guerre du Vietnam en signe de protestation contre le système politique. Et il y aurait ainsi de nombreux exemples à citer.

Le suicide peut également entrer dans la culture d’une société. Ainsi, au Japon, le suicide était honorable lorsqu’il s’agissait d’un hara-kiri (le terme de Seppuku est préféré à Hara-kiri par les japonais), soit en s’ouvrant le ventre et en se sacrifiant pour l’empereur. Cette pratique s’adressait en premier lieu aux nobles, puis la pratique fut étendue à toutes les classes sociales. Le Hara-kiri sous sa forme de suicide obligatoire (autoexécution) fut aboli en 1868. Cette forme de suicide volontaire est rare à l'heure actuelle. Cependant, lors des guerres récentes y compris la Seconde Guerre mondiale, de nombreux soldats japonais eurent recours au hara-kiri pour échapper à l'humiliation qu'ils ressentaient en captivité ou après la défaite de leur armée.

En Inde, à partir du 4e siècle, le sati était l’obligation pour une veuve de s’immoler sur le bûcher funèbre avec ou sans le corps de son mari s’il était mort au loin. En théorie, le sati n’était pas obligatoire, mais toute veuve refusant de s’y soumettre était frappée d’ostracisme. Cette pratique fut abolie par les anglais en 1829.

Aujourd’hui, les plus grands fléaux relèvent de groupes sectaires. Nous pourrions ainsi citer le suicide collectif de 16 membres du Temple Solaire dans le Vercors en 1995. Mais, pratiquement tous les suicides collectifs dans les sectes sont sujets à caution quant à une dynamique véritablement suicidaire car de nombreux éléments laissent penser qu’il s’agissait chaque fois de meurtres collectifs.

Plus globalement, le taux de suicide qui augmente considérablement dans les pays développés depuis les années 50 relève lui aussi, et tout au moins en partie, de facteurs sociaux, et conforte donc la thèse de Durkheim du suicide en tant que témoin d’un mal social.

Les théories cognitivo-comportementales

Pour les cognitivistes, la vie affective pourrait se schématiser avec deux pôles : les affects positifs et les affects négatifs, l'un disposant au plaisir, à la confiance, etc. , l'autre disposant à l'inhibition, à la peur, etc.

L'aspect positif serait caractérisé par l'anticipation et l'aspect négatif par l'évitement.

Des modèles plus complexes sont proposés par les biocomportementalistes avec l'inclusion de facteurs tels que la vulnérabilité, le stress, les événements, etc.

Le concept de coping est utilisé pour la compréhension des conduites suicidaires. Il s’agit d’un modèle de stratégies cognitives et comportementales permettant à un sujet de s’ajuster par rapport à un événement perçu comme menaçant. Il s’agit donc d’un modèle de réponse au stress. Au départ, il s'agit d'une notion psychanalytique puisqu'elle se superpose aux mécanismes inconscients de défense du Moi. Aujourd'hui, le coping correspond à des stratégies conscientes, à des « efforts cognitifs et comportementaux »[5], et plusieurs types peuvent être distingués (coping centré sur l’émotion, coping centré sur le problème, coping d’évitement, coping « vigilant »). Le suicide pourrait être considéré comme une modalité possible de coping d’évitement. Le coping apparaît donc comme un concept très large, trop large, qui semblerait pouvoir trouver place dans la compréhension de toute conduite d’ajustement, d’évitement, par rapport à une situation désagréable ou dangereuse.

La biologie

Des recherches sur des suicidés ont apporté quelques éléments. Le système sérotoninergique semble en baisse chez ces personnes, et il est également montré qu'un taux bas de sérotonine est en corrélation avec des tentatives de suicide fréquentes et violentes. Mais on retrouve cette baisse du niveau chez des psychotiques , des alcooliques agressifs et certains criminels. Ce marqueur pourrait donc indiquer une facilitation du passage à l'acte.

Des recherches s'orientent aujourd'hui sur des modifications synaptiques au niveau du cerveau favorisant l'augmentation des récepteurs postsynaptiques 5HT2.

De même, sachant l'action des anxiolytiques de type benzodiazépines sur les récepteurs correspondants, on peut penser que ces récepteurs sont impliqués dans le processus suicidaire.

La dépression est déjà corrélée au système endocrinien, mais la tendance suicidaire n'est pas encore démontrée.

Des études américaines sur des jumeaux a montré que la tendance suicidaire était accrue chez les homozygotes par rapport aux dizygotes. Certains chercheurs suggèrent qu'un facteur génétique pourrait intervenir dans la phénomène suicidaire (notamment le gène de l'enzyme tryptophane hydroxylase).

Même si ces recherches sont très prometteuses et permettent d'espérer des traitements performants, une énigme réside : la détresse psychologique des sujets suicidaires est -elle la conséquence de changements biologiques ou est-ce l'inverse?

 

La psychanalyse

La psychanalyse, quant à elle, apporte des éléments de compréhension par rapport à la dépression. 60% des tentatives de suicides seraient liées à un état dépressif.

Dès 1910, des éclairages tentent d’être apportés que Freud utilisera de manière plus poussée quelques années plus tard. Ainsi, Federn (1910) déclarait que « seul celui dont on a souhaité la mort se tue ». Steckel y répondait que « personne ne se tue s’il n’a pas voulu tuer quelqu’un ou tout au moins désiré sa mort ». Le suicide ne serait dès lors que le déplacement d’une agressivité, un comportement hétéroagressif devenant autoagressif pour en trouver l’issue.

L’ouvrage de Freud, « Deuil et Mélancolie » (1915), est toujours une référence aujourd'hui. Selon celui-ci, le sentiment dépressif est lié à une perte d'objet (matériel ou fantasmatique, le plus souvent une personne). Par le deuil, le sujet doit desserrer les liens qu'il entretenait avec cet objet pour pouvoir nouer d'autres liens avec d'autres objets. Freud a proposé une ouverture à la compréhension du processus suicidaire en montrant que le mélancolique se met à haïr l'objet disparu puis finit par se haïr lui-même, c'est-à-dire qu'il y a là un renversement des pulsions agressives contre soi. Plus exactement, c’est « l’ombre de l’objet tombée sur le Je » qui est haï. Le Surmoi condamne et le Moi se soumet au châtiment.

Mélanie Klein a repris les travaux de Freud en décrivant deux positions fondamentales au développement de l'enfant : la position paranoïde-schizoïde et la position dépressive. Cette dernière est fondamentale dans la théorie de Mélanie Klein et elle intéresse la compréhension du suicide.

L’auteur a décrit cette position dépressive où l’enfant présente des analogies importantes avec le tableau clinique de la dépression.

Pour Mélanie Klein[6], l’objet partiel est un objet où la personne est réduite à certaines fonctions prévalentes dans le rapport que l’enfant entretient avec ces personnes. Le prototype de l’objet partiel est le sein, compris comme l’ensemble des soins que la mère prodigue à l’enfant (physiques mais aussi affectifs). La fonction de l’objet est donc ce qui importe. Lorsque l’enfant ne perçoit que des objets partiels, il ne voit qu’une partie de l’objet en question, de façon isolée, car il n’est pas encore capable d’appréhender l’objet dans sa totalité. Les objets sont alors clivés à partir de leur fonction tantôt satisfaisante, tantôt frustrante, soit en bons et en mauvais objets respectivement. L’enfant va alors tenter d’introjecter les premiers et de projeter à l’extérieur les seconds. Le passage à l’objet total s’établit quand « il est amené à comprendre que l’objet d’amour est le même que l’objet de haine »[7].

Vers le quatrième mois, l’enfant s’engage petit à petit dans la position dépressive qui se mettra en place pendant la première année, avec le passage des relations d’objets partiels à des relations d’objets totaux. Pour Mélanie Klein, cette évolution est due à une maturation neuro-psychologique (cognitive) et aux expériences aux contacts de l’environnement. L’enfant va alors pouvoir concevoir des objets à la fois bons et mauvais, ce qui restait clivé auparavant : « le bébé commence à voir que ses sensations bonnes ou mauvaises ne proviennent pas d’un bon et d’un mauvais sein ou d’une bonne et une mauvaise mère mais d’une même mère, source en même temps de ce qui est bon et de ce qui est mauvais »[8]. Une fois les objets considérés comme totaux, la constitution d’un moi total est possible. C’est alors la période de différenciation entre soi et non-soi.

Cette position dépressive peut être conçue comme celle de l’ambivalence puisqu’elle engendre une intrication des pulsions agressives et des pulsions libidinales. L’angoisse va donc changer de nature en même temps que le changement de nature de l’objet : l’angoisse paranoïde va devenir dépressive puisqu’en se différenciant des objets extérieurs, l’enfant peut alors les perdre, d’où l’angoisse de perte de l’objet. Face à cette angoisse, des mécanismes de défenses vont être mis en place : la réparation imaginaire de l’objet d’amour endommagé, et les défenses maniaques qui permettent à l’enfant de se défendre de la dépendance à l’objet et de se protéger des sentiments d’ambivalence et de culpabilité.

Pour être dépassée, la position dépressive nécessite la mise en place des défenses maniaques et de la réparation, une inhibition de l’agressivité conjointe à l’affaiblissement du sadisme, enfin l’élargissement des relations d’objets (par la socialisation notamment). Toutefois, Mélanie Klein pense que la position dépressive ne sera jamais totalement surmontée puisque les différents deuils qui jalonnent la vie vont réactiver cette position.

Pour clore cette description, Jean-Michel Petot illustre la position dépressive de manière concise : « l’enfant traverse, au milieu de la première année, une crise dépressive provoquée par la crainte de perdre sa mère, crainte qui témoigne de l’apparition d’un souci pour l’objet, et donc de l’amour objectal. La manière dont cette crise est vécue, les méthodes utilisées pour la surmonter, sont déterminantes en ce qui concerne la formation de la personnalité et le destin ultérieur (considéré du point de vue de la santé mentale) de l’individu » [9].

De la qualité des relations externes de l’enfant va dépendre la qualité de son monde interne. Chaque objet d’attachement (et situation) va exister en « double ». Les objets intériorisés sont modifiés par les pulsions, les fantasmes. Ils ne sont alors plus accessibles et peuvent devenir menaçants. L’enfant aura alors besoin de vérifier dans le monde extérieur ses repères pour asseoir son monde interne et se sécuriser. L’équilibre se trouve lorsque les bonnes expériences dominent sur les mauvaises, dans un va-et-vient constant.

Pour Mélanie Klein, « par le suicide, le moi cherche à tuer ses mauvais objets et sauver ses objets d’amour, qu’ils soient internes ou externes. Le suicide permet au moi de s’unir avec ses objets d’amour, bons objets intériorisés auxquels il s’est identifié. Il peut également venir briser la relation au monde extérieur ».

 

Le suicide à l’adolescence

Bien que François Ladame précise, qu’à bien y regarder, les idées suicidaires sont « classiques » à l’adolescence, le suicide lorsqu’il est tenté peut prendre des significations précises durant cette période.

Pour rendre compte des troubles présentés par les adolescents suicidants et suicidaires en dehors d’un état dépressif, Philippe Jeammet propose la notion de « dépressivité » qui permet d’opposer « ceux qui réagissent à la confrontation à la perte et à l’ambivalence à l’égard de l’objet aimé par une véritable réponse dépressive, et ceux qui ne peuvent se permettre cette confrontation et l’évitent par une symptomatologie ou un trouble du comportement »[10].

François Ladame, quant à lui, considère toute tentative de suicide comme un moment psychotique se caractérisant par une rupture des liens à la réalité extérieure. Plus globalement, la pathologie narcissique a été soulignée par de nombreux auteurs et permet de rendre compte pour certains patients de cette fragilité des frontières du Moi et des particularités de la problématique dépressive.

Par ailleurs, et c’est ce qui nous intéresse particulièrement, le suicide ou ses équivalents peuvent notamment venir révéler des dysfonctionnements familiaux en venant créer une rupture et un appel aux parents sur la position de l’adolescent. En premier lieu, la dynamique familiale souvent relevée par les auteurs serait caractérisée par les failles de son fonction contenante. Nous n’irons pas plus loin sur ce point puisqu’il fera l’objet d’une partie ultérieure.

D’autre part, la place attribuée à l’adolescent au sein de sa famille n’est jamais neutre. Différents types d’interrelations avec les parents peuvent se présenter. Henri Chabrol s’y est intéressé et a décrit deux types de contrôle parental vis à vis de l’adolescent dans l’excès ou dans l’absence. Ainsi, le contrôle excessif se baserait sur l’agressivité, une surprotection pouvant résulter d’une formation réactionnelle. L’indifférence ou le laxisme peut également y trouver son origine.

Chez les adolescents suicidaires, il est fréquent de retrouver un contrôle soit excessif soit au contraire laxiste. Dans le premier cas, il correspondrait à l’incapacité des ou du parent(s) à accepter que l’enfant grandisse, et leur persistance dans un rôle d’autorité stricte ne permet pas d’évoluer vers des « échanges plus égalitaires et plus démocratiques, qui doivent normalement s’instaurer progressivement à l’adolescence »[11]. L’attitude laxiste correspond quant à elle à une défaillance de la fonction parentale. Il s’agirait, selon Henri Chabrol, de parents n’ayant pas correctement surmonté leur propre adolescence et pouvant alors chercher à s’identifier à leurs enfants.

Dans les deux cas, l’adolescent se trouve dans une situation où il est maintenu dans une position qui devrait être évolutive et non fixée. L’attitude parentale ne lui permet alors pas d’accéder progressivement à l’âge adulte.

Les dysfonctionnements familiaux, s’ils ne sont pas pathognomoniques du phénomène suicidaire à l’adolescence, font en revanche souvent partie des facteurs principaux.

Dans ces différents cas, l’adolescent ne peut trouver seul une issue vers un changement et cherche alors à signifier cette souffrance. Le geste suicidaire, peut, sans généraliser, correspondre à une rupture dans l’histoire familiale, ou encore une répétition de cette histoire, une continuité en quelque sorte…

Les relations et l’histoire familiales seraient donc des notions importantes à prendre en considération dans ce contexte particulier des tentatives de suicide à l’adolescence. Toutefois, précisons qu’une tentative de compréhension ne pourrait répondre de principes simples, sans risquer d’obtenir finalement des théorisations « décevantes » ou réductionnistes, comme le rappelle François Ladame qui stipule que « ce que nous observons, ce sont beaucoup plus des enchevêtrements de facteurs, des détours, des exceptions et des situations paradoxales. (…) A cet égard, la tentative de suicide pourrait bien combler les amateurs de paradoxes, car elle en est toute empreinte, visant simultanément et à tous les niveaux des buts opposés et inconciliables »[12].

 

 



[1] "Suicide," Encyclopédie® Microsoft® Encarta 97. © 1993-1996.

[2] La plupart des citations de ce chapitre « Historique » sont tirées de l’ouvrage suivant : MONESTIER, Martin (1995) Suicides. Histoire, techniques et bizarreries de la mort volontaire. Des origines à nos jours. Le Cherche-Midi, coll. Documents, Paris. pp 335-338.

[3] CAROLI, François et GUEDJ Marie-Jeanne (1999). Le suicide. Flammarion, coll. Dominos. p10.

[4] "Suicide," Encyclopédie® Microsoft® Encarta 97. © 1993-1996.

[5] Lazarus, cité par CAROLI, F. et GUEDJ, M.-J. (1999). Le suicide. Flammarion, coll. Dominos. p 51.

[6] KLEIN, M. (1934). Contribution à l’étude de la psychogenèse des états maniaco-dépressifs. In Essais de psychanalyse, Payot, Paris, 1980. pp311-340.

[7] Ibid, p337.

[8] SEGAL, H. (1964). Introduction à l’œuvre de Mélanie Klein. PUF, Paris, 1969. p82-83.

[9] PETOT, J.-M. (1982). Mélanie Klein : le moi et le bon objet. 1932-1960. Dunod, Paris. p4.

[10] JEAMMET, P ; et BIROT, E. (1994). Etude psychopathologique des tentatives de suicide chez l’adolescent et le jeune adulte, PUF, coll. Psychiatrie de l’enfant, Paris. p16.

[11] CHABROL, H. (1984). Les comportements suicidaires de l’adolescent. PUF, Paris.

[12] LADAME, F. (1989). Les tentatives de suicide des adolescents : pourquoi ? comment ? In CAGLAR, H. (sous dir. De) Adolescence et suicide, Ed. ESF, 2e édition, Paris, 1991. p18.